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Un Cataclysme puissant qui ravage une société moderne, en pleine expansion. Les survivants s'entraident pour tenter de recréer un ordre viable... Mais nul ne sait ce qui les attend, surtout pas eux !
 
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:: Et je vous souhaite une bonne année ::

 
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Ed Free
Smoker/Humain

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MessagePosté le: Lun 3 Jan - 22:43 (2011)    Sujet du message: Et je vous souhaite une bonne année Répondre en citant

J'ai compté jour pour jour. Un survivant du plus grand cataclysme pouvait largement s'amuser à décompter les jours depuis l'heure H. Disons que je n'en faisais pas un sacerdoce, mais il suffisait de tenir un petit journal, y écrire, tenir les comptes. Ce qui me donnait un certain nombre de jours. Mais ce n'était pas son total qui nous intéressait ici. Jusqu'ici, j'avais marqué les semaines, les mois, aidés par quelques aimables personnes qui s'impliquaient plus dans ce souvenir fossile. Maintenant, on était passé à un nouveau calendrier pour une raison qui m'était complètement inconnue. De la puissante mélancolie collective ? Si Dieu avait décidé d'appuyer sur le bouton Reset, il fallait que nous nous inclinions. Finie l'humanité, fini notre calendrier. Les comptes avaient été remis à jour pour une seconde saison. Les bâtiments ne savent pas, les plaques tectoniques non plus. Mais les humais se souviennent. Et c'était un bon moyen pour certains de ne pas péter les plombs : comptabiliser les jours. C'était parfaitement inutile, ce qui rendait le divertissement d'autant plus triste. L'humanité était une vieille personne en pleurs qu'on faisait quitter de son logis qu'elle avait occupé pendant une cinquantaines d'années.
Aujourd'hui, c'était le jour de l'An.
Je parcourais les rues délabrées ; on aurait pu croire que les tempêtes et les séismes avaient frappés la veille. Tout n'était que débris, que saletés repoussantes. Quand je remarquais les passants, j'avais l'impression que les dames ne s'étaient pas coiffées depuis quelques mois. Le ciel était gris poussière, des nuages de souffre surplombant la ville comme des divinités comateuses. Mais je ne voyais pas l'ombre d'une fête. Les gens faisaient la grise mine, la tristesse avait envahie les cœurs aussi sûrement que la peau : l'éclairage d'un si piteux astre nous rendait tous comateux. L'ère des robots et autres grilles-pains évolutifs avaient disparu ; place à la misère, au renouveau. Et je marchais dans cette panade, indifférent au monde qui se déroulait autour de moi comme une bande de vieux films que j'aurais déjà maté une bonne cinquantaine de fois. Aujourd'hui était un jour spécial, ou aurait dû être un jour spécial. J'aurais pensé qu'un petit comique, un petit triste, aurait déguisé son semblant de maison en guirlande illuminée, aurait mis une pancarte quelque part. Je devais me rendre à l'évidence, le peuple était bien trop assailli par les problèmes passés, actuels et futurs pour se concentrer sur un événement aussi anodin, chétif, aboli.
Ma mallette à la main, je me dirigeais dans la ville d'un pas lourd. J'étais contaminé par la morosité ambiante mais faisait tout mon possible pour ne pas me faire tatouer du sceau de l'abrutissement inquiet qui caractérisait chaque habitant. Seules les personnes qui avaient trouvé dans cette nouvelle terre un nouvel intérêt se baladaient l'esprit tranquille. La Loi du plus fort avait survécu et se trouvait une nouvelle jeunesse. L'autorité était plus dictée par les groupes majoritaires que par le semblant de gouvernement qu'on avait tenté d'instaurer. Ce n'était plus qu'une imitation déchue, une pâle coquille qu'on ne se refusait à abandonner. S'il avait pu disparaître en même temps que le jour de Pâques, je n'aurais pas dit non. Sa coque était aussi inutile que celle du calendrier. On ne pouvait pas garder les mêmes valeurs démocratiques que quand on vivait dans la luxure. Je pestais contre le vent qui fit soulever mon manteau, et me piqua telle une meute de scorpions glacés.


« Joyeuse année Monsieur. »

C'était un vieillard qui m'avait parlé. Il me fit un aimable sourire et un geste de son chapeau (qu'il garda serré dans son poing pour éviter qu'il ne se fasse emporter par le vent) avant de continuer sa route tranquillement, la canne triturant la terre mêlée de graviers bétonnée. Je lui fis un petit signe de tête entendu mais je doutais qu'il m'ait vu. Il continua son bonhomme de chemin ; je n'étais pas le seul à savoir il fallait le croire. C'étaient certainement les plus vieilles personnes qui à défaut de pouvoir reconstruire toute une civilisation, cherchaient un passe-temps à maintenir, à actualiser chaque jour. Elles avaient le savoir mais aussi la tristesse. Ce n'étaient plus que des reliques de nos jours : elles ne pouvaient plus rien à faire, sinon conter l'ancien temps, parfaitement informatisé. Même si j'avais détesté ces crapules de bourgeois, ces inventions qui n'en finissaient pas d'être inutiles ou trop dangereuses, j'aurais largement préféré que le Cataclysme n'ait jamais eu lieu ; trop de morts, c'était pas sain. Et peut-être que c'est quand il a vu à quel point les hommes voulaient lui ressembler, qu'ils y arrivaient même ! que Dieu a décidé de tout faire sauter. Le mythe de la Tour de Babel remasterisé pour le plus grand plaisir des survivants. Super.
Et puis, comme on était un jour spécial, il ne me restait plus qu'à débarquer dans un bar spécial. Dès le matin, je n'y avais pas trop réfléchi mais un seul me vint à l'esprit, aussi collant qu'une huître. Et peu à peu, je me suis dit que ça pourrait être une bonne occasion d'aller au Phenomen ce jour-ci. Je savais que j'y ferais tâche (implicitement, tout le monde était admis dans l'établissement mais je restais dans la couche sociale : « Ordure indésirable ») mais l'événement était trop rare pour ne pas être fêtée.
En un rien de temps, je fus devant le bar que je recherchais. C'était le plus connu et je savais pourquoi rien qu'au coup d'œil : on aurait dit que lors de la destruction de la Terre, Dieu l'avait pris entre ses énormes doigts pour lui éviter l'éparpillement et l'aurait reposé après les catastrophes, parfaitement en état. C'était un îlot de modernisme (si je pouvais me permettre cette expression), c'était un souvenir qui était présent, c'était peut-être le seul bâtiment qui revenait intact (dans l'esprit si je puis dire, je ne doutais pas des réparations hasardeuses dont il avait été sujet) de la gigue des plaques.
Je pénétrais à l'intérieur et étrangement, personne ne fit attention à moi. Et moins étrangement, l'intérieur aussi sentait bon l'ancien temps. Je venais d'entrer dans une nouvelle dimension, je devais rêver. Et les gens forts de cette impression, y buvaient et discutaient comme si rien ne s'était passé. Je fus content de venir ici, ça faisait beaucoup moins néo-bobo que je ne l'avais cru. Et si l'atmosphère principale était voué au passé, il ne me restait plus qu'à la fortifier. Juste après que les portes aient décapité le froid qui rentrait sournoisement, je me mis à crier :


« ET JE VOUS SOUHAITE UNE BONNE ANNEE !!! »


Quelques têtes se tournèrent vers moi avant de replonger dans leur bière, d'autres m'ignorèrent totalement et encore d'autres chuchotaient ce message à leur voisin avec un petit sourire.
Je pris une posture beaucoup plus décontractée et cherchai une table libre du regard. Allez, jour de fête, je ne sortirais pas les cartes aujourd'hui. Et de toute façon, il faisait bien trop clair pour ça dehors. On devait être l'après-midi et je considérais que les jeux de cartes, c'étaient comme l'alcool : toujours le soir après que le soleil soit couché. Une sorte de tradition que je tenais de Las Vegas, aujourd'hui en miettes. Je trouvais enfin une petite table ronde près d'une fenêtre et dos au mur (ça aussi, je le tenais de Vegas). Je m'y installais et patientais qu'un serveur quelconque passa prendre ma commande. J'avais bien gagné cette semaine-ci, je pouvais me permettre un extra alcoolisé. Je sortis de ma poche quelques bricoles qui importaient beaucoup aux gens qui avaient une maison et autres vieux dollars tous fripés.
Bon sang, quel drôle d'endroit aussi. Je me demandais subitement s'il fallait que j'aille commander ou bien si je devais juste attendre sur ma chaise, à-côté de la vitre qui m'offrait le triste spectacle d'une rue en désolation. J'aurais dû me placer quelque part où je ne verrais pas cet étron de civilisation, où j'aurais pu penser que j'étais dans un bar atypique à Las Vegas, à me demander où je jouerais ce soir et comment je pourrais faire mon intéressant, genre jeune riche bouffi de suffisance. Je n'arrivais pas du tout à réaliser mon introspection d'avant. Avais-je bien vécu ? Comment m'avait-on vu ? Et si tout était à refaire (la grande question qui taraude la moitié de la populace actuelle), que devrais-je faire ? J'avais bien du mal à voir cette chance de survie comme une rédemption mais j'aimais bien m'interroger sur la question. C'était marrant d'avoir dénigré Dieu pendant tout ce temps en faisant de ma vie un vice. Il avait défendu à ses fidèles de toucher aux jeux d'argent : je n'étais peut-être donc pas le meilleur croyant qui sois (je n'avais de toutes façons jamais cru à une entité supérieure, je ne croyais qu'au hasard, normal pour un joueur de poker ; et quand bien même j'y avais pensé, je m'en serais totalement battu les miches). Je ne voyais vraiment pas pourquoi il m'aurait laissé vivre. Pour que j'arrêtais de toucher au poker ? Ben il s'était trompé fallait croire. Plus que jamais mon esprit lui était dévoué, plus que jamais j'y étais dépendant. Et je ne parlais pas de l'alcool. Tout l'argent que je gagnais, je le dépensais en liqueur. Et pour les femmes... bah, si Dieu avait fait des célibataires ses chéris, je serais son Bras Droit. Et puis quand j'y pensais, si on pouvait croire à un barbu qui vivait dans les nuages, on pouvait croire à la chèvre Satan. Et je pensais plutôt que c'était lui avait détruit la terre, c'était plus son style. Ce qui expliquerait pourquoi je serais toujours en vie. Et oui, c'était difficile de penser à une banale catastrophe, fallait que ça soit plus mystique. Les religieux avaient explosé depuis (pas de mauvais jeu de mots, je parle de ceux qui ont survécu).
Qu'est-ce qu'on fait pas quand on attends à une table qu'un barman nous serve...


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MessagePosté le: Lun 3 Jan - 22:43 (2011)    Sujet du message: Publicité

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Nëlenia O'Kenelly
Civil/Humain

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Inscrit le: 19 Juin 2010
Messages: 83
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MessagePosté le: Sam 8 Jan - 23:41 (2011)    Sujet du message: Et je vous souhaite une bonne année Répondre en citant

Ce que j’aime dans mon travail, c’est de voir défiler les gens, tous si semblables à chercher à être différents. Chacun son style, sa façon de marcher, de parler, d’aborder une conversation, de draguer… des grandes gueules ou des discrets, je voyais vraiment de tout à longueur de journée, c’était assez impressionnant…. Et puis parfois, j’avais des cas un peu atypique, des qui sortaient vraiment de l’ordinaire….

« ET JE VOUS SOUHAITE UNE BONNE ANNEE !!! »

Comme lui quoi. En l’occurrence. Tiens lui d’ailleurs, je ne le connais pas….Encore une nouvelle tête. Ses derniers temps on a quelques affluents, c’est plutôt bon signe j’ai envie de dire. C’est encourageant de ce dire qu’on est peut être pas la dernière ville à tenir debout…si des gens ont pu la trouvé en venant d’un peu partout, on a plus qu’à supposer qu’il existe d’autre colonies dans ce genre. C’était ce genre de conversation qui fusait à chaque fois qu’un nouvel habitant débarquait, disons qu’on était suffisamment peu de nombreux pour tous se connaître, si ce n’est que de vue. Et chaque fois, on s’interrogeait sur ce qu’il y avait au-delà de l’océan, par delà la forêt…On se disait que si d’autres villes avaient émergé, on pourrait reformer un semblant d’économie, un genre de petit empire pour se refaire. Quelque part, on était tous mu par le désir de se dire qu’on n’était pas seul au monde…c’est très cliché n’est il pas ? Disons qu’après ce genre d’évènement cataclysmique, se dire que l’on était pas seul relevait de croire aux extra terrestre. Je ne sais pas trop pourquoi l’Homme a toujours eu peur d’être « le seul », que ça soit dans l’univers ou là, sur terre.

Enfin. Revenons à notre nouveau compagnon. Je lui jetais un regard rapide, frêle, un peu négligé, une mallette à la main, quelqu’un de discret semblerait il. Enfin ça aurait pu être le cas si il n’avait pas eu une super paire de lunette noire sur le nez, un petit détail peut parfois changer la donne, avec lui c’était une évidence. Bon okay, il était quand même un peu bizarre, il ne ressemblait à aucun de mes clients habituels….malgré le fait qu’il soit entré en nous souhaitant la bonne année. J’avais du mal à me dire qu’on était fin décembre, vraiment…D’un point de vue climatique j’entends. Et puis pour le reste je ne m’étais pas amusé à compter les jours non plus….je dois avouer que je me contrefous un peu – bon d’accord beaucoup – de nos anciennes traditions. A mon sens ça ne rime vraiment plus à rien. Mais bon, j’peux concevoir que certaines personnes se rattachent à ça, c’est un moyen de ne pas flancher, de garder un semblant d’équilibre, un peu de « comme avant » pour être rassuré. Lopette va. Enfin, je m’approchais donc de l’inconnu avec un grand sourire, histoire de faire les présentations.


« -Salut trésor ! Qu’est ce que je peux te servir ? Je n’avais encore jamais vu ta tête par ici, mais je te promets que si tu viens régulièrement tu n’auras même plus besoin de commander, j’ai une bonne mémoire ! »


Ou l’art de parler pour ne rien dire. J’avoue. Enfin, il fallait bien briser la glace, surtout qu’il n’était pas du genre….avenant si je puis dire. Disons que quand on collectionne certains lots assez exubérants, rapidement les autres font tâches. J’vous jure que je vise personne.

« - Alors, mon grand, soit tu fais marcher mon concurrent, soit tu viens d’arriver en ville…T’as atterri au bon endroit ! Ici on fait un peu de tout, tout le monde se connait plus ou moins, puis c’est l’endroit un peu branché de la ville….Ouais c’est sur, c’est le seul j’veux bien te l’accorder. C’est pas la grande joie mais bon, c’est comme ça qu’on l’aime notre ville ! Alors dit moi trésor, tu nous viens d’où comme ça ? »

Le plateau callé sous mon bras, je continuais de lui sourire, attendant non seulement qu’il me réponde, mais aussi qu’il me dise ce que j’allais devoir lui servir. Avisant un peu la salle, je me disais que je pourrais même me taper quelques minutes de pauses histoire de causer un peu. Et oui, toute information est bonne à prendre, quelque soit la manière de les prendre d’ailleurs….Mais là je m’égare.


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Ed Free
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MessagePosté le: Ven 18 Mar - 17:11 (2011)    Sujet du message: Et je vous souhaite une bonne année Répondre en citant

Un des premiers avantages de l'Apocalypse, c'était qu'elle avait sérieusement diminué le nombre d'êtres vivants sur Terre. Outre la densité biaisée et la place qui en découlait, le terrible catastrophe humain avait permis de faciliter le transit dans les restaurants. Bref, je n'eus pas à attendre longtemps qu'un ressortissant du bar vienne me voir pour prendre ma commande. C'était une femme. Une belle femme je devais l'avouer. Au moins, on n'allait pas me virer du bar direct. C'était toujours utile quand on avait faim. Elle s'approcha donc et me parla d'un langage très familier, comme si on avait pris un bain ensemble quand on était petit. Elle me rappelait directement les femmes de comptoir que ne fréquentaient que les bikers, de vieux barbus assoiffés de liberté. Le bar se situant ainsi dans la nature la plus sauvage, seulement striée d'une route mal entretenue. Je pouvais parier ma valise qu'elle avait un tatouage. Je me gardai bien de lui demander et réfléchis à ma commande. J'y avais déjà pensé, mais faire ressortir les saveurs de mes réflexions me berçaient d'une douce euphorie. Je ne savais pas ce qu'ils conservaient dans leur garde-manger (pas de carte dans les nouveaux restaurants, les aliments venaient et repartaient sans se ressembler). Mais j'avais déjà une image précise de ce que je voulais. Pas de légume. Privez un être humain de nourriture pendant trois jours, puis offrez-lui le repas de son choix. Il ne choisira jamais de légumes. Ou alors accompagnés. Au pire. Non, ce qu'il prendrait ce mec, c'est un truc pas trop lourd et qui fasse exploser les sens. A partir de ce raisonnement, mon choix était simple.

« Un morceau de viande. Je ne connais pas votre choix, donc passez-moi ce que vous avez. Vous avez des pâtes ? N'importe lesquelles si possible. Et surtout, avec une sauce maison. Le tout saupoudré d'un S'il vous plaît évidemment.»

Une sauce maison, c'était la clef de pâtes réussies. Et on était certains qu'elles seraient bonnes. Dire qu'il y avait juste trois mois, j'aurais commandé au restaurant des plats dont on mettait moins de temps à manger qu'à prononcer leur nom. Maintenant, je commandais un plat de luxe qui se constituait de pâtes. Et j'en étais à me demander si j'avais assez d'argent sur moi. Malgré mon apparence tape-à-l'oeil que j'assumais, je n'étais pas l'aristocrate lambda. Un suivi d'une banque m'étant adressé serait plus compliqué qu'un document comptable. Si étrange que je la qualifiais comme telle : la moitié du temps en découvert, l'autre en excédent, une autre encore sans argent. Puis difficile d'appeler monnaie des boulons. Ou tout autre objet rouillé, crochus, qui avaient leur importance à certaines personnes. J'avais même réussi à payer un gars en cannettes écrasées. Je ne sus jamais ce qu'il en avait fait. J'allais demander à la serveuse comment je devais régler l'addition quand elle continua à parler. J'attendais à ce qu'elle s'assied sur la table. Elle me demanda par tellement de phrases qui j'étais qu'un type venant de se lever n'aurait pas réussi à suivre.

Au moins, on ne semblait pas me connaître. Et vu comment la femme était directe, elle ne devait pas être une simple serveuse. Ou alors, l'esprit que voulait dégager le bar était toute autre que je ne l'imaginais. Il y avait pas mal de gens biens en ville, paradoxalement à ce qu'on aurait pu croire. Le cataclysme avait été une gifle au côté mauvais de l'être humain. Il ne s'était pas enfui mais il s'était fait plus tremblant. On reconnaissait les gars sympas facilement : c'était ceux qui voulaient parler. Puis malgré ce côté bourrue réussie, la femme prenait un ton enjoué. L'optimisme était une ressource plus rare qu'un billet de banque. La femme semblait en être riche. Je n'étais pas de nature aussi agréable, mais je voulais bien reconnaître que c'était une qualité. Une qualité qui était gratuite et totalement superficielle. C'était une qualité du comportement. N'est pas optimiste qui veut, disons. Vu que généralement, ceux qui ne l'étaient pas voyaient le sourire comme un terrible défaut. Je n'avais rien contre les optimistes : des fois, ils payaient plus.

Elle était sympathique, donc je ne mentirai pas à ces questions. Enfin, je ne détournerai pas la vérité pour que tierce personne ne la prenne pas pour autre. Quand on ne mentait pas, quand on omettait quelques détails, on obtenait une garantie de survie. Elle voulait savoir d'où je venais. Ahah. Pas une drôle d'histoire. Tant mieux, elle ne l'avait pas demandée. J'allais seulement m'en tenir à ces questions sans extrapoler. Y avait toujours de ces souvenirs qui faisaient mal. Même à un joueur de poker professionnel.


« Je suis ici depuis moins d'un mois. Et je fais marcher la concurrence. Ce n'est pas tous les jours qu'on s'accorde des repas aussi prestigieux. Effectivement, votre bar est un des rares bâtiments qui ne ressemble pas à une addition hésitante de tas de tôles poussiéreuses. Ça fait plaisir à l'œil. Quand on passe devant, certaines personnes doivent se dire que tout n'est pas perdu. Que ce soit notre destin ou notre passé. Sinon, vous voulez qu'on paie comment ? Vous recherchez quoi comme objet ? »

J'avais quelques trucs intéressants (trucs était un euphémisme ; j'avais plutôt des bidules trucs). J'étais attiré par l'originalité, ce qui me faisait obtenir des bidules trucs que d'autres personnes n'avaient pas. Ils avaient juste des bidules. Ou des trucs. Et au pire, dans cet endroit arraché à l'apogée technologique, peut-être que les billets avaient encore cours. Je pouvais aussi payer en jetons, mais qui en voulait ? C'était l'utilité qui avait cours. Vous pouviez avoir des montagnes d'or, elles ne serviraient à rien. Un vieil amateur de minerais ou un banquier dépressif vous les échangerait peut-être contre une perceuse. Sans piles.


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